Du 10 au 12 septembre
dernier a eu lieu à Mendes, dans l'Etat
de Rio de Janeiro au Brésil,
la première "Rencontre nationale
des groupes de troc solidaire",
avec la participation de plus de 130
personnes appartenant à des
groupes de trocs de toutes les régions
du Brésil ainsi que
d'invités d'Argentine
et du Mexique.
Il convient de rappeler que ces "
groupes de troc solidaire " utilisent
leur propre monnaie sociale, produites,
distribuées et contrôlée de façon
autogérée et qu'il n'existait jusqu'à
présent pratiquement aucun contact
entre ces différentes monnaies.
Mais que représente cet événement dans le contexte mondial ? On assiste ici au début d'une articulation au niveau national d'une expérience d'innovation sociale de la société civile organisée. Par ailleurs, il convient de noter que cet événement se tient dans un contexte doublement favorable :
* un fort mouvement d'Economie Solidaire au Brésil qui a plus de dix ans d'existence;
De fait, si l'on respecte la séquence
des événements, c'est précisément
l'existence de ce mouvement d'Economie
Solidaire qui a abouti à la création
du Secrétariat d'Etat. Le titulaire
à ce poste, l'économiste reconnu Paul
Singer reconnaissait d'ailleurs il
y a quelques semaines, en se dirigeant
à des représentants du Parlement Latino-américain
: "De manière très résumée, je pourrais
vous dire que l'Economie Solidaire
au Brésil peut se définir par trois
types d'expériences fondamentales
: les initiatives économiques autogérées
par les travailleurs, les coopératives
et les clubs de troc"…
De
manière très synthétique, on peut
dire que historiquement au Brésil,
les groupes de troc possédant une
monnaie sociale ont commencé à se
développer à partir de 1998 dans
la ville de Sao Paulo, ils se basaient
alors sur l'expérience des réseaux
de troc argentins. En décembre 1999,
c'est à Buenos Aires que se crée
le Réseau Latino-américain de Socio-Economie
Solidaire, lors d'un événement qui
réunit plus de 70 participants venant
de dix pays différents, qui ont
rendu visite et étudié les expériences
de clubs de troc dans cette ville.
A partir de cette création et de
la participation aux Forums Sociaux
Mondiaux, se développent de nouvelles
expériences à Rio de Janeiro, dans
le cadre du Forum de Coopérativisme
Populaire, à Porto Alegre, Canoas,
Viamao, Rio Grande et Alvorada,
grâce au programme d'Economie Populaire
Solidaire du gouvernement de l'Etat
de Rio Grande do Sul, mais aussi
des initiatives de différents types
d'ONGs de promotion sociale à Florianopolis,
Curitiba, Ponta Grossa, Teresopolis,
Fortaleza, Vitoria da Conquista,
entre autres, couvrant ainsi de
nombreuses régions du pays.
Lors de la Deuxième Rencontre Nationale
de Socioéconomie Solidaire, qui
a eu lieu à Guarapari en juin dernier,
l'on constate l'existence d'un nombre
significatif de groupes de troc
avec monnaie sociale dans tout le
pays et surgit l'idée d'une première
rencontre nationale. Le SENAES,
présent à l'événement, décide d'appuyer
sa réalisation et a contribué significativement
à sa concrétisation.
La réalisation de l'événement,
après de très nombreuses heures
de travail volontaire, dans de nombreuses
régions du pays et de rencontres
préparatoires, a eu lieu dans la
ville de Mendès. Un large éventail
d'organisations de l'économie solidaire
étaient présentes, donnant ainsi
à cet événement toute sa grandeur
et permettant d'augurer une étape
privilégiée dans le développement
de ses initiatives. Parmi ces expériences,
on distinguera quelques-unes des
plus remarquables :
1. L'usine
Catende, de l'Etat de Pernambuco,
a montré comment plus de 3000 employés
pouvaient autogérer et rendre productif
une plantation de canne à sucre
condamnée à la faillite selon les
propriétaires terriens.
2. DESIGNTEGRAL de l'Etat de Santa
Catarina a montré, dans le cadre
d'un fort mouvement socio-environnemental
local, comment des alliances entre
des ONG et l'économie solidaire
peuvent améliorer la qualité de
production et stimuler le " design
" de haute qualité dans ce secteur
économique en pleine croissance.
3 . GEP, Groupe d'Economie Populaire
de Vitoria de Conquista, dans l'Etat
de Bahia a présenté tout un réseau
d'alliances entre le gouvernement
local et les organisations de l'économie
solidaire qui a réussi à valoriser
la production locale et a incorporé
une monnaie sociale à partir d'un
atelier organisé par le Chantier
Monnaie Sociale de l'Alliance 21
au Forum Social Mondial de Porto
Alegre en 2002.
4 . Enfin, la banque PALMAS, une
ONG de Fortaleza, dans l'Etat de
Ceará, a montré une large gamme
d'expériences mises en place ces
six dernières années au cours desquelles
la finance solidaire a pris la forme
de microcrédits autogérés, de fonds
rotatifs, de marchés populaires,
de clubs de troc avec une monnaie
sociale à circulation locale et
des plans stratégiques de développement
local, avec l'appui de consultants
populaires de la communauté. Nous
les avons félicités pour leur dernière
réalisation : la création de la
Banque Communautaire du Paracuru
BancoPAR, soutenue par une alliance
entre la municipalité et d'autres
institutions et qui cherche à intégrer
différentes formes d'économie solidaire
avec la participation active de
la communauté et du gouvernement
local.
On comptait parmi les invités étrangers
le mexicain Luis Lopezllera de la
Promotion du Développement Populaire
et les argentins Heloisa Primavera
et Carlos del Valle du Réseau Latino-américain
de Socio-Economie Solidaire. Ces
derniers ont présenté le projet
Colibri qui est sur le point d'être
mis en place dans différents pays
d'Amérique latine et qui, par la
formation de promoteurs du développement
local intégral et durable, vise
à intégrer différentes stratégies
de l'économie solidaire vouées au
développement d'une citoyenneté
active et socialement responsable.
Si l'on prend en compte que :
* ce
mois-ci, le gouvernement brésilien
parraine la réalisation du Séminaire
International SAVOIR GLOBAL / SAVOIR
LOCAL, auquel participeront des
spécialistes de différents pays
pour discuter de la portée des initiatives
de monnaies complémentaires;
** le prochain Forum Social Mondial,
qui aura lieu en janvier 2005 à
Porto Alegre, donnera une ample
diffusion de ce thème, si méconnu
de la plupart des initiatives d'Economie
Solidaire
*** et que cela fait à peine six
ans que cette idée a traversé les
frontières du Brésil, nous serons
à même de comprendre que des chemins
plein de promesses s'ouvrent pour
nous mener vers la construction
de cet autre monde possible...
Heloisa Primavera
décembre 2004