25-27 juin 2004
Les monnaies
locales au XXIème siècle
Compte rendu par
Miguel Yasuyuki Hirota
Une conférence internationale intitulée
« Les Monnaies Locales au 21ème
Siècle » - http://www.localcurrency.org
- présentant à la fois les
aspects théoriques et pratiques de
ces initiatives, a eu lieu du 25 à
27 juin dernier 2004, au Bard College, dans
l’Etat de New York aux États-Unis.
La E. F. Schumacher Society - http://www.schumachersociety.org/frameset_about.html
- a été créée
en 1980 pour mettre en œuvre les propos
du célèbre auteur de "Small
is Beautiful". L’Institut perçoit
les monnaies locales comme un excellent outil
de réactivation des économies
locales, leur garantissant une plus grande
autonomie. Cet événement est
sa première tentative de réunir
autant de personnes autour de ce thème
et ce fut un très grand plaisir pour
tous.
Plus de 300 participants se sont déplacés
vers cet endroit paisible en provenance d'Argentine,
d’Australie, du Canada, d’Équateur,
de France, d’Allemagne, d’Irlande,
du Japon, du Mexique, de Nouvelle Zélande,
de Suède et du Royaume-Uni, ainsi que
de plusieurs états du pays hôte,
pour échanger leurs expériences.
La conférence a commencé sur
une présentation de Dwarko Sundrani
(Inde) qui a exposé la perspective
Gandhienne de l'économie et des autres
valeurs sociales. Margrit Kennedy (Allemagne,
auteur de "l’Inflation et l’argent
sans intérêt", voir http://www.margritkennedy.de)
a donné deux conférences portant
sur les défauts structurels de notre
système monétaire actuel (croissance
exponentielle, redistribution de la richesse
en faveur des riches, exploitation de ressources
naturelles et humaines), utilisant des graphiques
simples et suggérant trois types de
solutions monétaires déjà
existante (le JAK, le REGIO et le WIR). Le
Dr. Bernard Lietaer (Belgique/Etats-Unis,
auteur de "The Future of Money"
et cofondateur de la Fondation ACCESS - http://www.accessfoundation.org
- a expliqué quels sont les grands
problèmes qui affectent la société
actuelle (vieillissement de la population,
augmentation du chômage, destruction
de l'environnement et crise financière)
et comment le système monétaire
peut avoir un impact sur celle-ci (exemples
du Ghana et de Bali). Pour lui, l’équilibre
yin-yang dans le domaine monétaire
est un élément essentiel du
développement durable, thèse
qu’il a démontré en utilisant
des métaphores amusantes rendant le
sujet ainsi tout à fait compréhensible.
Le deuxième jour a commencé
avec deux conférences. Le Dr. Thomas
Greco (Arizona, États-Unis auteur de
“Money: Understanding and Creating Alternatives
to Legal Tender”, site web “Reinventing
Money” - http://www.reinventingmoney.com)
abordé le thème de ses recherches
: le besoin de monnaies communautaires comme
outil de construction de territoires plus
sains. Selon ses observations, aussi bien
des associations sans but lucratif que des
gouvernements locaux peuvent émettre
leurs propres monnaies du moment qu’elles
sont prêtes à les accepter en
retour. Après l’exposé
de ces idées phares, plus de dix personnes
ont présenté leurs propres expériences
de monnaie locale. L’intervenant suivant,
David Boyle (New Economics Foundation, Royaume-Uni
- http://www.neweconomics.org
- et auteur de "Funny Money") a
parlé du risque encouru à avoir
une monnaie unique qui ne respecte pas la
diversité de la zone monétaire
où elle est utilisée (l'Euro
a ainsi balayé les caractéristiques
des 12 pays européens, les contraignant
à de drastiques changements socio-économiques).
Selon lui, nous pouvons créer nos propres
monnaies complémentaires à l'instar
des entreprises multinationales qui échangent
leurs services et produits dans leur propre
monnaie. Plus d'une douzaine d'ateliers eurent
lieu après le déjeuner et les
participants se sont éparpillés
pour y assister selon leurs intérêts.
Le soir, Christine et Edgar Cahn (les fondateurs
du Time Dollar - http://www.timedollar.org)
ont expliqué l’importance du
Time Dollar pour la justice sociale, après
une présentation d'exemples concrets
par le Dr. Mary Beth Raddon de Toronto, Canada.
Le dernier jour, Richard Douthwaite (Irlande,
auteur de "The Ecology of Money")
a exposé le lien étroit des
monnaies actuelles avec le pétrole,
ce lien est si fort qu’une inflation
pourrait avoir un impact dévastateur
si la production de pétrole venait
à s’arrêter. Il a souligné
l’importance de la production et de
la consommation locale, étant donné
que près de la moitié de la
consommation énergétique globale
est maintenant dirigée au transport
des biens globalisés. Après
les ateliers, Michael Shuman a souligné
l’importance de la production et de
la consommation locale, seule manière
de garder nos territoires actifs.
Plusieurs membres du Comité de Facilitation
du Chantier Monnaie Sociale étaient
présents à cet événement
et trois d'eux ont tenu des ateliers: Agnieszka
Komoch (Allemagne) a fait la synthèse
des nouvelles tendances des monnaies complémentaires
en Europe, en particulier en Allemagne et
a encouragé les personnes présentes
à assister à la conférence
qu’elle organise en juillet 2004 à
Bad Honnef, en Allemagne, suivie par Heloisa
Primavera, (Argentine) qui a parlé
du nouveau paradigme que représente
le mouvement des monnaies sociales en Argentine
et au Brésil. Jean François
Noubel (France) a présenté un
atelier officiel (et trois officieux) au cours
desquels il a clairement démontré
le rôle clé de l"intelligence
collective" et son lien avec un nouveau
système de monnaies complémentaires,
constitué en réseau international.
La conférence a été
l’occasion d’étudier le
phénomène social émergeant
des monnaies complémentaires et de
créer des liens entre ceux qui travaillent
dans ce but socio-économique. Nous
espérons que ces liens se renforceront
dans l’avenir, un grand merci à
la Schumacher Society pour cette opportunité.
Pour plus d’information sur les principaux
intervenants, voir: http://www.localcurrency.org/speakers.html
Lisez aussi l’article (en anglais) de
UTNE Magazine- Numéro de juin 2004
: http://www.utne.com/web_special/web_specials_2004-06/articles/11286-1.html