Les LETS (Local Exchange Trading System) et
d'autres systèmes de monnaie sociale ont été
mis en place en Corée, même si leur dynamisme
est presque inconnu à l'étranger du fait de
l'obstacle linguistique. J'ai voyagé en Corée
du Sud du lundi 29 novembre au samedi 04 décembre
2004 en visitant des expériences à Séoul et
à Taejon afin d' établir des contacts avec
elles. J'aimerais tout spécialement remercier
Melle Kanako TAGUCHI, étudiante japonaise,
actuellement en échange universitaire à l'Université
de Yonsei, qui m'a aidé pour le traduction
et la prise de contacts.
Le concept de LETS a été introduit en Corée
pour la première fois par un
article dans une revue "Green
Review". Toutefois cet article est resté
méconnu du grand public. C'est Minaisa
Club, une association pour la recherche
de modes de vie alternatifs, qui fut le premier
promoteur de monnaie sociale en Corée. Ce
club a pris connaissance de l'expérience des
LETS en novembre 1997 quand le pays a connu
une grave crise monétaire, a diffusé l'information
auprès de ses membres en écrivant un article
dans la revue du Club. Il a alors mis en place
le premier LETS de Corée en mars 1998. Cette
expérimentation a été couverte par Chosun
Ilbo (le journal le plus important en Corée),
et a noué des contacts avec de nombreuses
ONGs, des administrations publiques et d'autres
personnes. Parmi les ONGs les plus actives,
on peut citer l'
Hanbat LETS (Taejon) et le Green
Monetary System (à niveau national).
M.
Lee Won-Kyoo (président de Minaisa Club) m'a
dit, pendant l'interview, que les expériences
lancées par les administrations publiques
sont plutôt organisées comme des projets personnels
des fonctionnaires publiques que comme des
projets publics et officiels(ce qui est très
commun au Japon) et tendent donc à s'arrêter
quand la personne chargée du projet cède sa
place ou est mutée (au Japon de telles expériences
périclitent dès que le secteur public en termine
avec son engagement). Voici une grande différence
entre la Corée et le Japon où j'habite.
En 1999 les LETS de tout le pays ont travaillé
ensemble pour soumettre au gouvernement coréen
un cahier intitulé " réseau national de Poumassi
" (poumassi veut dire " entraide " en coréen
et s'utilise souvent pour désigner les " LETS
" aussi), bien que le régime actuel ne montre
aucun intérêt pour les LETS. M. Lee m'a également
mentionné que le LETS de Minaisa Club n'était
plus actif, même qu'il existait des possibilités
de le réactiver en 2005 en combinant notamment
ce système avec l'action de personnes qualifiées
ou de nouveaux entrepreneurs.
L'expérience la plus dynamique en Corée est
Hanbat
LETS à Taejon. Elle a commencé avec 70
membres en février 2000, le nombre s'est accru
rapidement atteignant aujourd'hui 550 membres,
dont 100 ou 150 sont véritablement actifs.
Le bureau du LETS partage le bâtiment avec
une coopérative médicale fondée par ses membres,
avec une pharmacie et une clinique qui acceptent
une partie du paiement en monnaie du LETS.
Elle maintient des liens étroits avec des
agriculteurs biologiques dans la banlieue
de Taejon qui acceptent aussi partiellement
ce nouvel instrument d'échange. Les membres
enregistrent toutes les transactions sur Internet,
en garantissant la transparence parfaite car
n'importe qui peut consulter et réviser l'historique
des transactions.
Ce LETS s’est mis en place à
la base sans aucune subvention du secteur
public, il a cependant reçu des aides
financières en 2002 et 2003 pour permettre
l’impression de billets. Ces billets
sont valides encore aujourd’hui mais
ne sont utilisés que très rarement
depuis que le LETS a introduit un système
de bulletin de messages en ligne de Gojan
LETS à Ansan, dans la banlieue
de Séoul. Il offre aussi un service
de « cinéma ambulant »
pour les plus démunis et organise la
distribution en LETS des légumes qui
ont été refusés à
cause de leurs défauts, non pas en
terme de qualité mais d’apparence
(petits oignons ou concombres courbés,
par exemple).
Une
autre expérience bien connue est le Green
Monetary System créée par le Green
Network qui promeut l'agriculture biologique.
Ce projet vise à faire le lien entre les agriculteurs
et les consommateurs comme ceci: les magasins
bios obtiennent des Green Currency au bureau
du Green Network(qui s'appelle "Shinsi"(marché
devin) qui était le nom de foires en Corée
Ancienne) en échange des wons coréens et les
utilisent pour des transactions. Avec les
wons le Shinsi aide financièrement les agriculteurs
biologiques . Les billets équivalents à 100
million de wons(US$100,000) sont imprimés
par le Korea Minting and Security Printing
Corporation, la même usine qui fabrique les
billets de won coréen, mais la circulation
est encore très limitée pour plusieurs raisons.
J'ai visité le Gojan
LETS à Ansan et la Banque
Outil/technique à Chung-ang University
Social Welfare Center, Séoul. Gojan LETS se
situe dans la banlieue de Séoul et les membres
se rassemblent une fois par mois pour valider
leurs transactions au-delà de faires des trocs
ou échanger des nouvelles. La banque outil/technique
est gérée par ceux qui sont impliqués au Chung-ang
University Social Welfare Center, par exemple
par des étudiants bénévoles, mais ils ont
arrêté les échanges car certaines personnes
ont accumulé trop des points en LETS sans
jamais les dépenser.
J'ai trouvé que le dynamisme de LETS coréens
était intrinsèquement à l'utilisation d' Internet
et à la "génération 3.8.6 "(les étudiants
qui militaient pour la démocratisation de
la Corée du Sud dans la décennie 1980). La
Corée a apporté la dernière technologie de
branchement à Internet après la crise de1997
et j'ai vu que cela (même meilleure qu'au
Japon) a changé radicalement la vie des gens
et leur manière de communiquer. Il y a des
pages web de LETS hors de la Corée qui possèdent
aussi le bulletin de messages mais je ne me
souviens d'aucun site aussi actif que les
sites coréens. Et le fait que de divers LETS
soient gérés principalement par la génération
"3.8.6" semble très significatif pour le déroulement
futur de ce mouvement.
J'ai posé quelques questions sur leur connaissance
des expériences dans le monde et ils semblaient
n'avoir aucune idée de ce qui se passe dans
ce domaine hors de leur pays mis à part les
LETS. Je suis sûr, néanmoins, qu'ils développeront
leurs activités une fois que les spécialistes
des monnaies sociales dans le monde les informeront
des expériences existantes car , en leur en
parlant, je les ai trouvé très intéressés
par ce qui se passe à l'extérieur.
Miguel Yasuyuki Hirota
mig@olccjp.net
- version japonaise : http://www.janjan.jp/world/0412/0412081408/1.php
- version coréenne : http://www.chosun.com/economy/news/200410/200410280366.html